25e anniversaire de l’Accord-Cadre de Fomboni
- Admin SWAUTI

- 20 févr.
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Au lendemain de la participation du SWAUTI à la cérémonie commémorative du 25e anniversaire de la signature de l’Accord-Cadre de Fomboni, le Président du parti, M. Housni Mohamed Abdou, a animé la 2e conférence de presse 2026 du SWAUTI à Moroni afin d’expliquer le sens de cette participation et de livrer une analyse approfondie de l’événement.
Une participation assumée et responsable
Le Président du SWAUTI a d’abord tenu à rappeler que la présence du parti à Fomboni procède d’un choix réfléchi et responsable.
« L’Accord de Fomboni demeure un moment fondateur de notre histoire contemporaine », a-t-il souligné. Signé le 17 février 2001, il a permis au pays de sortir de l’impasse née de la crise séparatiste de 1997 et d’éviter une dérive durable vers l’instabilité. Il a consacré une nouvelle architecture institutionnelle fondée sur l’autonomie des îles, la présidence tournante et la reconnaissance du pluralisme territorial.
Le Président a reconnu que plusieurs dispositions issues de cet Accord ont été progressivement affaiblies, notamment à travers les révisions constitutionnelles de 2009 et 2018, qui ont vidé de sa substance le principe fondamental de l’autonomie des îles. Toutefois, a-t-il insisté, « ce n’est pas parce que l’esprit d’un Accord a été altéré qu’il faut effacer l’Accord lui-même ».
Pour le SWAUTI, commémorer ne signifie pas cautionner les dérives actuelles, mais honorer un moment de dépassement collectif. Refuser d’y participer aurait consisté à abandonner la mémoire nationale à une interprétation unilatérale.
Une cérémonie au format insuffisamment inclusif
Le Président du SWAUTI a ensuite formulé plusieurs observations critiques sur le format de l’organisation. Il a regretté l’absence notable de figures de l’opposition traditionnelle ainsi que celle de nombreux acteurs historiques encore en vie ayant participé aux différents rounds de négociation, notamment à Ngazidja et à Anjouan, du côté des partisans de l’unité nationale comme de ceux ayant soutenu l’option séparatiste. Il a également relevé que la cérémonie a pris l’allure d’un événement à tonalité partisane, marqué par une forte présence institutionnelle mais une faible implication populaire locale à Mohéli, île pourtant symbole de la signature de l’Accord.
Une approche historique incomplète
Sur le fond, le Président Housni Mohamed Abdou a déploré l’absence de contextualisation rigoureuse des événements ayant conduit à la crise séparatiste.
Peu d’éléments ont été apportés sur les causes profondes de la rupture de 1997, sur les dysfonctionnements institutionnels antérieurs ou sur la diversité des courants impliqués dans les négociations. Les efforts des premières phases de médiation ont été largement éclipsés au profit d’une focalisation sur le dernier sprint ayant abouti à la signature de l’Accord-Cadre.
Le Président a notamment insisté sur le fait que les négociations menées sous l’égide de l’OUA à Pretoria, à Addis-Abeba et à Tananarive ne sauraient être réduites à de simples échecs. Ces rounds ont constitué les véritables précurseurs du climat de dialogue inter-comorien. Ils ont permis de structurer les positions, d’identifier les blocages et de préparer les compromis ultérieurs.
« Les impasses d’hier ont préparé les solutions de demain », a-t-il affirmé, appelant à reconnaître le rôle de l’Union Africaine et des organisations impliquées dès les premières tentatives de médiation, ainsi qu’à honorer les acteurs engagés dans ces processus.
Il a également regretté l’absence d’un message pédagogique clair à destination de la jeunesse. Un jeune de 25 ans aujourd’hui, né l’année de la signature, n’a pas reçu les éléments nécessaires pour comprendre les causes de la crise ni les garanties mises en place pour prévenir sa répétition.
Pour une mémoire nationale partagée et assumée
Le Président du SWAUTI a présenté ce que le parti aurait entrepris s’il avait été aux responsabilités.
Il aurait d’abord mis en place une commission d’organisation multipartite intégrant toutes les sensibilités politiques, les acteurs locaux de Mohéli et les signataires encore en vie, afin de garantir une commémoration véritablement nationale et non partisane. Des distinctions honorifiques spécifiques auraient été instituées pour reconnaître les contributions politiques, sociales et religieuses à la réconciliation nationale.
Le SWAUTI propose également la création d’une Commission Nationale de Réconciliation chargée de produire un rapport complet sur les causes du séparatisme, les événements survenus durant la crise et le processus ayant conduit à l’Accord-Cadre.
Enfin, le Président a plaidé pour l’élaboration d’une loi mémorielle permettant d’acter officiellement les faits, de clarifier les responsabilités sans esprit de vengeance et de transmettre aux générations futures une mémoire apaisée et documentée.
Une paix à consolider
En conclusion, le Président Housni Mohamed Abdou a exprimé son inquiétude quant au climat sécuritaire et politique ayant entouré cette commémoration : déploiement militaire à Mohéli, tensions, intimidations et restrictions de déplacement de certains acteurs politiques.
« Si le climat du 17 février 2001 avait été celui d’hier, l’Accord n’aurait peut-être jamais été signé », a-t-il déclaré, soulignant le paradoxe d’une célébration de la paix organisée dans un contexte de crispation.
Le SWAUTI réaffirme sa ligne : être une opposition responsable, participer aux moments historiques de la Nation, dénoncer les dérives et proposer des solutions institutionnelles.
La mémoire nationale, a conclu le Président, ne doit ni être instrumentalisée ni effacée. Elle doit être partagée, assumée et enseignée pour consolider durablement l’unité et la paix aux Comores.

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